Les Naxi : quelques repères

Aujourd’hui composée d’un peu plus de 300 000 individus, l’ethnie naxi se place au 27e rang des 56 nationalités chinoises en terme de population5. La majorité des Naxi réside au nord-ouest du Yunnan, dans la ville-préfecture de Lijiang et la préfecture autonome tibétaine de Diqing. On trouve également quelques communautés éparses dans les préfectures autonomes bai et pumi de Lanping (Yunnan), lisu de Niujiang (Yunnan), ainsi que sur la frontière du Sichuan (disctrict autonome tibétain de Muli) et du Tibet (district de Markam, préfecture de Qamdo).

Le terme « naxi » recouvre officiellement plusieurs groupes ethniques (Naxi, Naheng, Naru, Mosuo…) linguistiquement proches6. Autrefois ces populations étaient désignées par les termes Mósuō 摩娑, Móshā 摩沙, Móxiē 麼些, Móxiē 磨些 ou encore Mòxiē 末些. L’appellation « naxi » s’est fixée en 1954, lorsque la République populaire de Chine dressa la première liste des ethnies nationales officielles, et décida de rassembler ces différents groupes sous ce terme. Ce choix s’explique par le poids économique, politique et numérique du plus influent de ces groupes, qui se désignaient par ce nom : les Naxi de Lijiang.

Les Naxi descendraient des Qiang 羌 (à distinguer de l’actuelle ethnie Qiang), antique confédération de tribus nomades répartie au nord-ouest de la Chine. Ils s’en seraient séparés entre la dynastie des Han (206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C.) et l’époque des Six Dynasties (222-589), pour se sédentariser plus au Sud. Ils se mêlèrent aux populations locales, et intégrèrent au fil des siècle des individus d’origines tibétaine, bai, mongol et han. Au cours du VIIIs., ils furent rattachés aux royaumes locaux de Nanzhao (737-902) puis de Dali (937-1253), d’influence bouddhiste. Après la conquête du royaume de Dali par Kubilai Khan, futur fondateur de la dynastie mongole des Yuan (1279-1368), la région fut progressivement intégrée à l’Empire chinois. Cependant, jusqu’au début du XVIIIe s., les Naxi jouirent d’une certaine autonomie et furent administrés par des chefferies locales héréditaires, que les dynasties Yuan et Ming (1368-1644) laissèrent en place en échange de leur loyauté, de leurs armées et de tributs. Mais à partir de 1723, la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911) décida d’administrer directement la région et de l’acculturer au confucianisme. Les Naxi furent diversement touchés, car si Lijiang et sa plaine, directement administrées par les fonctionnaires Han, furent davantage exposée aux influences extérieures, les communautés des régions montagneuses, plus isolées, furent préservées.

La situation géographique des Naxi, à la croisée du Tibet, du Sud-Est asiatique et de l’Empire chinois, les plaça au confluent d’influences diverses, qui expliquent le caractère composite de la culture dongba, fondée sur un animisme chamanique proche du bön pré-bouddhique, auquel s’est ajoutée par la suite l’influence des concepts bouddhistes et, plus marginalement, taoïstes et confucéens. La religion dongba repose sur la croyance que chaque élément de la nature (phénomènes, éléments, montagnes, cours d’eau, forêts, minéraux, végétaux, animaux, etc.) est habité par un esprit, formant un panthéon de plusieurs milliers d’entités réparties entre divinités, esprits et démons. C’est l’objet des rituels conduits par les Dongba que de réguler les relations des hommes avec ces esprits, afin d’éviter leur courroux, invoquer leur aide ou exorciser les démons. Ces rituels prennent leur source dans les mythes et légendes dongba, ce dont témoignent les textes pictographiques survivants. Une grande partie d’entre eux s’ouvre en effet sur le rappel de traditions originelles initiées par les héros légendaires du peuple naxi, qui fondent la légitimité du rituel ensuite décrit.